EURO- Crise de la dette. La Chine et les pays émergents appelés au chevet de l’eurozone.

Dossier Europlouf – Crise Dettes – Oct 2011


Selon Michael Schuman du Times, l’accord dit historique trouvé à Bruxelles Jeudi est une collection de demi mesures qui a encore beaucoup de chemin à parcourir avant de devenir réalité politique.

par Elise Mbock (28/10/2011)


L’accord ne donne pas assez de détails pour le rendre crédible. Les besoins financiers globaux sont en-deçà des besoins réels tant pour la recapitalisation des banques qui auraient besoin du double des 106 milliards prévus que dans la capacité critique du fonds de stabilisation qui aurait besoin non pas des centaines de milliards mais de milliers de milliards.

Par ailleurs, la Grèce ne peut pas régler son déficit budgétaire avec une économie en chute libre, des besoins sous-évalués et un plan de privatisation sur le sol. Plus hideux est le fait que l’Europe prévoit de faire appel à la Chine et aux pays émergents en réussite pour financer son fonds de stabilisation, via le FMI.

 

Tout ceci n’augure rien de bon, non seulement parce que l’Europe fait honteusement porter la charge de sa dette sur les autres, mais aussi parce que tout ceci pourrait, malgré tout, ne pas être suffisant et, Michael Schuman craint que le pire soit à venir et que, l’année prochaine, on soit encore entrain de parler de la crise de la dette en Europe.

Il en conclut que l’accord dit de portée historique conclut Jeudi à Bruxelles est comme tous les autres accords historiques précédents : les mesures ne sont pas toujours à la hauteur de la rhétorique.


Voici la traduction de cet article de Michael SCHUMAN du Times qui décortique le plan annoncé Jeudi à Bruxelles et donné comme plan de sortie de crise de la dette qui plombe l’économie européenne et menace la stabilité financière globale, plus sérieusement encore que la crise de 2008.


“Ainsi donc, une fois de plus, nous nous trouvons avec un accord supposé historique, un accord qui mettra véritablement fin, une fois pour toutes à la crise de la dette de l’eurozone, la menace la plus dangereuse pour la stabilité financière globale aujourd’hui. Mais alors, est-ce LA GRANDE SOLUTION qu’on nous promettait ? Ou alors, allons-nous nous réveiller demain avec la même version de la crise de l’eurozone chantée par un Nicolas Sarkozy et une Angela Merkel disant “Je vous ai eus”.

« Donc, ce dernier pacte, scellé Jeudi, après une nuit de négociations âpres, reste imprécis dans ses détails et a encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir être qualifié de réalité politique. En regardant les lignes générales, je vois de bons aspects, de mauvais et de véritablement odieux ».

 

LES BONS ASPECTS

D’abord, les bons aspects du plan. L’eurozone devient finalement une réalité. Ses leaders sont restés dans le déni que des mesures hautement plus importantes et plus globales étaient nécessaires pour calmer la crise et cet accord prouve qu’ils se réveillent à la réalité. Tout un chacun savait que les banques européennes avaient besoin de s’assainir ; maintenant, nous avons enfin un plan destiné à les recapitaliser.

Tout le monde savait que la Grèce avait besoin d’un plan de restructuration plus drastique ; et maintenant nous avons un plan de renflouement de (130 milliards d’euros) qui prévoit une réduction plus importante de la dette.

Tout un chacun savait que le fonds de renflouement de l’eurozone, le fonds de stabilité financière européen, FESF, était trop petit pour lutter contre la contagion, et maintenant nous avons un accord d’augmentation des capacités du fonds qui servira de garantie pour les détenteurs privés des bons contre les pertes sur les achats de la dette souveraine.

Tout ceci est important – en fait capital – ce sont des pas destinés à s’attaquer à la crise de la dette.

LES MAUVAIS POINTS

Viennent alors les mauvais côtés du plan : comme à l’accoutumée, le plan n’est rien d’autre qu’une collection politiquement orientée de demi-mesures. Avec des électeurs qui deviennent de plus en plus critiques à l’égard des plans de sauvetage en Europe, le leadership de la zone euro a essayé de s’attaquer à la crise avec presque pas d’argent neuf sur la table. Un adage dit, qu’« on récolte ce qu’on sème ».

Le plan de recapitalisation bancaire appelle les banque à augmenter leur capital de 106 milliards d’euros de capital neuf. Soit la moitié environ de ce que le privé estime nécessaire. Il est donc probable que cette augmentation ne soit pas la cure finale aux malheurs des banques européennes, tout comme le rôle des gouvernements dans l’augmentation de ce capital reste peu clair.

Concernant l’expansion du Fonds de stabilisation, l’accord a pour objectif de donner au fonds plus de force d’intervention sans lui ajouter plus de munitions : en effet, l’actuel volume du fonds restera le même, car après le sauvetage de la Grèce, personne est capable de dire combien d’argent restera dans le fonds.

Et puis, concernant son second plan de financement, la situation de la Grèce devrait s’améliorer grâce au 50% de décote de la dette imposée aux détenteurs privés des bons de la dette souveraine de la Grèce (Oui, imposée. Ne nous mentons pas à nous mêmes que cette restructuration est ’volontaire’. Personne ne peut “volontairement’’ perdre la moitié de son argent.

 

Malgré cela, la Grèce restera scotchée avec une charge dangereuse du poids de sa dette. Le new deal promet une baisse du ratio de sa dette par rapport à son PIB à 120 % … à la fin de la décennie. Même ces estimations sont basées sur des hypothèses irréalistes selon lesquelles la Grèce pourrait clore son déficit budgétaire avec son économie en chute libre, ou lever des dizaines de milliards à travers un plan de privatisation qui n’a toujours pas décollé du sol.


« Mon sentiment est que ce plan ne résout aucune des grandes questions. La crise de la dette de la Grèce va se poursuivre ; la crise bancaire va continuer et l’Europe n’a toujours pas mis son argent là où elle oriente sa rhétorique ».

 

LES ASPECTS LES PLUS HIDEUX : « SI J’ETAIS HU, JE ME SENTIRAIS INSULTE ».


 

Voici maintenant, les aspects les plus laids.

Le contrat comprend une proposition consistant à “taper” la Chine et d’autres pays émergents riches en cash en leur demandant de participer au financement de l’extension du Fonds de stabilisation financière européen, probablement par le truchement du FMI. Il est prévu que le Président Nicolas Sarkozy va téléphoner au Président Hu Jintao pour l’impliquer dans le schéma.

 

Dans son intégralité, l’idée est véritablement pathétique. Si j’étais Hu, je me sentirais insulté. Les dirigeants de l’eurozone ne sont pas désireux de payer plus pour régler leurs propres problèmes de dette, alors ils croient que la Chine est suffisamment crédule pour renforcer leurs épargnes ? Moi je ne le crois pas. (President Hu), si Sarkozy venait à vous appeler et à vous demander un chèque pour renflouer l’Italie, le lui donneriez-vous ?

La Chine n’est pas une machine de financement global, une sorte d’organisation charitable.

Finalement, la Chine investira son argent comme n’importe quel financier l’aurait fait – dans un schéma qui augmente son retour sur investissement (placement) et qui préserve sa croissance. Il se peut que la Chine accepte un marchandage de corruption au sein de la coopération – une notion serait en l’air concernant la possibilité que l’Europe pourrait promettre à Beijing plus de droits de vote au sein du FMI.

Pourtant quand bien même l’a Chine jetterait un os à l’Europe afin d’augmenter son influence politique dans la région (ou de se réjouir de ce que les Européens sont venus quémander), la zone euro a besoin de centaines de milliards de dollars probablement, des milliers de milliards (thrillions). Ils n’obtiendront pas cela de la Chine. (Note de scène publique :si on a bien compris, la promesse d’augmentation du fonds européen de stabilisation financière semble conditionnée au bon vouloir de Beijing. Donc, ce n’est pas fait).


Alors, finalement, cet accord historique sera vraisemblablement à jeter dans la poubelle de l’histoire comme tous les autres accords qualifiés d’historiques. Ainsi le même cycle se répète encore. Il y a de fortes chances que nous reparlions encore d’un Grand Accord pour arrêter la crise de la dette au début de l’année prochaine. Je crois que le pire est à venir.


Times.com


 

 

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